Je venais d’émietter du pain sec
Lorsqu’une mésange s’est posée
Au gond écaillé du volet
Sur le muret de la haie pomme
Un moineau s’est mis à chanter
Entre ses belles feuilles vertes
La première pluie d’automne est tombée
Je venais d’émietter du pain sec
C’était la fin de l’été
Je t’écrivais de jolies lettres
Sans savoir si tu les lisais
Comme je rédige pour les Muses
Mes hiéroglyphes de jasmin
Mes mots qui s’envolent, au matin
Avec le carrousel des condors
Pour s’unir au disque radieux
Dans la barque turquoise des mânes
Aux mille coudées de sycomore
Opérant le renversement du Mauvais.
Catégorie : chants
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Fin d’été
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Tu ne reviendras pas
Tu rêves de voler,
Qu’il te vienne des ailes,
Pour contempler le monde
Sa beauté
Du point de vue des cimes
Qu’il te soit fait grâce, enfin,
Des visions douloureuses
Là-haut
Avec les aigles et les faucons
Tes serres d’onyx épouseraient le cristal des neiges éternelles
Puis, sommeillant au creux des cirrus caressants
Où tes plumages argentés s’enfouiraient avec grâce
Tu ne songerais qu’au prochain voyage
Vers d’autres sommets lointains
En la libre compagnie des orages
Mais dans ta prochaine existence,
Tu ne seras pas un oiseau :
Tu ne reviendras pas.
Ne sais-tu pas que les êtres muets chantent ton nom ?
Tu leur as épargné tant de supplices
Ils se sont abreuvés de tes larmes, lorsqu’une soif torturante les saisissait
Lorsque dans l’errante aridité des cœurs secs où cheminaient leurs plaintes
Tes pleurs furent l’unique source désaltérante
Qui pansait leurs bouches gercées de plaies saignantes
Ton âme est déjà pesée
Les plateaux de la terre et du ciel ont signifié leur jugement d’airain
Il est sans appel
Tu ne reviendras pas
Ici-bas
Car en cette existence tu as fait sourire les Anges
Ton cœur y a enfanté cent fleurs d’achillée
Et tu prendras cette route parsemée de comètes
Trônant dans ce chariot dont tu as sculpté le moyeu des roues
Avec l’équanimité héroïque des ascètes et des tortues
Tiré par les vents d’Orion
Vers les plus hautes constellations
Pour rejoindre les tiens
Au-delà du monde des hommes et des Dieux. -
Ma Reine
Ma Déesse en fureur aux mille visages courroucés
Je te chante
Je t’invoque
Ô Immortelle Amante des Dragons
Source des sources
Mère des Faunes et des Fées
Maîtresse du Soleil
Grande Protectrice de tout ce qui vient de terre
En terre
Comme au ciel
Compagne de tout ce qui vole
De tout ce qui rampe
Qui pleure
Sans mot ni bruit
Sans paroles autres que les cris muets
De leurs pupilles suppliantes
Vierge enfantée par la première tempête
Aux larmes de neige et de pluie
Viens à mon secours dans le combat
Fais qu’apparaisse ton visage nervuré
Dans chaque feuille
De chaque arbre
Fais qu’étincèle le reflet du menat
De ta lune pectorale
Sur chaque pétale
De chaque fleur
Ta robe d’astres et d’écailles scintille dans les ténèbres
Tel un incendie émeraude
La nuit brûle
L’adversaire, portant rubis de sang
À ses mains écarlates
Entre les mailles d’acier de ses gants
Aiguise ses couteaux sacrificiels
Qu’il veut tremper dans la toison des agneaux
Paissant l’herbe
De tes prés
Ta verdoyante parure n’en sera pas souillée
Les caillots de l’innocence
N’en noirciront pas le jade
De ses ombres coagulées
Je ne veux pas faillir
Annonce moi la défaite
Des ennemis du ciel
De la terre
Avant la bataille
Ma Reine
Je dépose mon sistre à tes pieds de granit enflammés
Bénis son refrain de ton eau de curare
Que ta sole trace le signe glorieux
Du mystère de ta présence
Sur mon front
Je veux clamer nos victoires
Sur les porteurs de mort
Les thuriféraires de tous les au-delà
Dès l’aube levée
En murmurant aux bourdons
Grignotant les dernières framboises. -
Je viens vers vous
Je viens vers vous, puissants de ce monde et d’ailleurs, vous qui portez la mort et le désespoir, dans la nuit sans fin de l’oppression et du mal, la nuit du sang, la nuit du chasseur et des proies.
Vous qui dispensez la haine du petit, du faible, du pauvre.
Ce que je suis
Autant que l’est l’humus
Et le vent dans les branches
Je viens vers vous pour vous défier et vous combattre.
Car j’ai avec moi toute la puissance de la Vie, celle qui s’exprime à travers l’irrésistible force d’un seul brin d’herbe, qui rêve au ciel, au creux d’une rigole, s’élançant du bitume.
Celle d’un battement d’ailes de papillon lumineux quand l’aube se lève d’entre les étoiles,
Lovées au coeur du ventre de la Terre.
Je viens vers vous sans peur : derrière moi marchent les armées du Soleil et du Cosmos,
Invaincues.
Craignez la colère de l’Amour blessé
Des Sirènes et des Fées
Des Abeilles dorées
Et des Fourmis d’airain. -
Je te cherche depuis si longtemps
Je te cherche depuis si longtemps
Depuis toujours
Depuis l’éternité
Depuis que nous sommes nés
Aux confins du cosmos,
Lorsqu’un éclair de lumière
A façonné le monde
De vent, de feu
De terre et d’eau
Et nous a séparés
Fendant de son tranchant la chair constellée d’étoiles
De la matrice qui protégeait notre corps de nouveau-né
Je t’ai perdu dans un ouragan de ténèbres et de fumée
Je t’ai suivi dans ta chute, de l’autre côté du Temps
Et j’ai oublié qui nous étions
Je t’ai perdu dans la nuit sans fin, tombée sur le monde
La nuit du sang, des chasseurs et des proies
Je t’ai perdu et je t’ai retrouvé
L’aube, enfin, s’est levée, repoussant les ombres grise d’un seul doigt de rose
D’un seul rayon de soleil
D’un seul nuage
Réunissant notre être
Et les traits graves de son visage enfantin feront trembler les puissances maudites
Qui règnent par le mensonge et le mal sur les hommes. -
Belles âmes
Belles âmes
Jeunes
Anciennes
Apeurées par la Mort et le Temps
Encagées dans la nuit de l’Oubli
Ne craignez plus le joug des prédateurs
Leurs crocs sanguinolents, décorés des lambeaux de votre chair : poussière
Leurs mots d’effroi, gravés sur le marbre de leurs édifices : comptine absurde
Avancez sans crainte jusqu’au bord de l’abîme du ciel
Et chantez la gloire éternelle
Du coquillage et du soleil
Des météores et de la coquille d’escargot. -
Construire des châteaux
Construire des châteaux dans le ciel avec les nuages,
Bâtir des palais de sable avec tes mains,
Des merveilles avec l’écume des vagues
Plonger dans la mer, la nuit, sous les étoiles
Et ne jamais revenir. -
Le langage des oiseaux
Ils ne voient rien des pas de danse ailée que j’esquisse au-dessus du vide
À travers les nuages et les gouttes de pluie bleue
Ils n’entendent rien des chansons que j’entonne en compagnie du vent,
Des papillons
Quand tu réponds aux rouges-gorges avec ta main remplie de graines,
Je t’écoute.
J’étais entouré d’âmes ténébreuses et cruelles
Entouré d’âmes aveugles et sourdes
Dans une nuit où ne brillait nulle lumière
Puis tu vins me parler
Je ne savais pas que les étoiles parlaient le langage des oiseaux. -
Tu croyais à la nuit
Tu croyais à la nuit
Ma Foi va aux Étoiles
Tu grondais comme un loup
Affamé, solitaire
Décharné et amer
Je parle aux Papillons
Silencieux et Solaires
Tu souhaitais l’incendie
Je m’abreuve à la Source
Tu suivais les veneurs
Je protège les Biches
De tes traits acérés
De tes flèches maudites
Tu chantais pour la gloire
Je chante par Amour
Je chante le Matin et je chante le Soir
Le Crépuscule et l’Aube
Je chante le Soleil
Je chante l’Amandier et je chante le Vent
Je chante le Nuage et je chante les Champs
De Terre, de Blé, de Miel
Je chante pour le Ciel.