Catégorie : chants

  • Fin d’été


    Je venais d’émietter du pain sec
    Lorsqu’une mésange s’est posée
    Au gond écaillé du volet

    Sur le muret de la haie pomme
    Un moineau s’est mis à chanter
    Entre ses belles feuilles vertes
    La première pluie d’automne est tombée

    Je venais d’émietter du pain sec
    C’était la fin de l’été
    Je t’écrivais de jolies lettres
    Sans savoir si tu les lisais

    Comme je rédige pour les Muses
    Mes hiéroglyphes de jasmin
    Mes mots qui s’envolent, au matin
    Avec le carrousel des condors

    Pour s’unir au disque radieux
    Dans la barque turquoise des mânes
    Aux mille coudées de sycomore

    Opérant le renversement du Mauvais.



  • Tu ne reviendras pas

    Tu rêves de voler,
    Qu’il te vienne des ailes,
    Pour contempler le monde
    Sa beauté
    Du point de vue des cimes
    Qu’il te soit fait grâce, enfin,
    Des visions douloureuses
    Là-haut
    Avec les aigles et les faucons
    Tes serres d’onyx épouseraient le cristal des neiges éternelles
    Puis, sommeillant au creux des cirrus caressants
    Où tes plumages argentés s’enfouiraient avec grâce
    Tu ne songerais qu’au prochain voyage
    Vers d’autres sommets lointains
    En la libre compagnie des orages

    Mais dans ta prochaine existence,
    Tu ne seras pas un oiseau :
    Tu ne reviendras pas.

    Ne sais-tu pas que les êtres muets chantent ton nom ?
    Tu leur as épargné tant de supplices
    Ils se sont abreuvés de tes larmes, lorsqu’une soif torturante les saisissait
    Lorsque dans l’errante aridité des cœurs secs où cheminaient leurs plaintes
    Tes pleurs furent l’unique source désaltérante
    Qui pansait leurs bouches gercées de plaies saignantes

    Ton âme est déjà pesée
    Les plateaux de la terre et du ciel ont signifié leur jugement d’airain
    Il est sans appel

    Tu ne reviendras pas
    Ici-bas

    Car en cette existence tu as fait sourire les Anges
    Ton cœur y a enfanté cent fleurs d’achillée
    Et tu prendras cette route parsemée de comètes
    Trônant dans ce chariot dont tu as sculpté le moyeu des roues
    Avec l’équanimité héroïque des ascètes et des tortues
    Tiré par les vents d’Orion
    Vers les plus hautes constellations

    Pour rejoindre les tiens
    Au-delà du monde des hommes et des Dieux.





  • Ma Reine

    Ma Déesse en fureur aux mille visages courroucés
    Je te chante
    Je t’invoque
    Ô Immortelle Amante des Dragons
    Source des sources
    Mère des Faunes et des Fées
    Maîtresse du Soleil
    Grande Protectrice de tout ce qui vient de terre
    En terre
    Comme au ciel
    Compagne de tout ce qui vole
    De tout ce qui rampe
    Qui pleure
    Sans mot ni bruit
    Sans paroles autres que les cris muets
    De leurs pupilles suppliantes

    Vierge enfantée par la première tempête
    Aux larmes de neige et de pluie
    Viens à mon secours dans le combat
    Fais qu’apparaisse ton visage nervuré
    Dans chaque feuille
    De chaque arbre
    Fais qu’étincèle le reflet du menat
    De ta lune pectorale
    Sur chaque pétale
    De chaque fleur

    Ta robe d’astres et d’écailles scintille dans les ténèbres
    Tel un incendie émeraude
    La nuit brûle
    L’adversaire, portant rubis de sang
    À ses mains écarlates
    Entre les mailles d’acier de ses gants
    Aiguise ses couteaux sacrificiels
    Qu’il veut tremper dans la toison des agneaux
    Paissant l’herbe
    De tes prés
    Ta verdoyante parure n’en sera pas souillée
    Les caillots de l’innocence
    N’en noirciront pas le jade
    De ses ombres coagulées

    Je ne veux pas faillir
    Annonce moi la défaite
    Des ennemis du ciel
    De la terre
    Avant la bataille
    Ma Reine
    Je dépose mon sistre à tes pieds de granit enflammés
    Bénis son refrain de ton eau de curare
    Que ta sole trace le signe glorieux
    Du mystère de ta présence
    Sur mon front

    Je veux clamer nos victoires
    Sur les porteurs de mort
    Les thuriféraires de tous les au-delà
    Dès l’aube levée
    En murmurant aux bourdons

    Grignotant les dernières framboises.


  • Je viens vers vous

    Je viens vers vous, puissants de ce monde et d’ailleurs, vous qui portez la mort et le désespoir, dans la nuit sans fin de l’oppression et du mal, la nuit du sang, la nuit du chasseur et des proies.

    Vous qui dispensez la haine du petit, du faible, du pauvre.

    Ce que je suis
    Autant que l’est l’humus
    Et le vent dans les branches

    Je viens vers vous pour vous défier et vous combattre.

    Car j’ai avec moi toute la puissance de la Vie, celle qui s’exprime à travers l’irrésistible force d’un seul brin d’herbe, qui rêve au ciel, au creux d’une rigole, s’élançant du bitume.

    Celle d’un battement d’ailes de papillon lumineux quand l’aube se lève d’entre les étoiles,

    Lovées au coeur du ventre de la Terre.

    Je viens vers vous sans peur : derrière moi marchent les armées du Soleil et du Cosmos,

    Invaincues.

    Craignez la colère de l’Amour blessé
    Des Sirènes et des Fées
    Des Abeilles dorées
    Et des Fourmis d’airain.

  • Je te cherche depuis si longtemps

    Je te cherche depuis si longtemps
    Depuis toujours
    Depuis l’éternité
    Depuis que nous sommes nés
    Aux confins du cosmos,
    Lorsqu’un éclair de lumière
    A façonné le monde
    De vent, de feu
    De terre et d’eau
    Et nous a séparés
    Fendant de son tranchant la chair constellée d’étoiles
    De la matrice qui protégeait notre corps de nouveau-né

    Je t’ai perdu dans un ouragan de ténèbres et de fumée
    Je t’ai suivi dans ta chute, de l’autre côté du Temps
    Et j’ai oublié qui nous étions
    Je t’ai perdu dans la nuit sans fin, tombée sur le monde
    La nuit du sang, des chasseurs et des proies

    Je t’ai perdu et je t’ai retrouvé

    L’aube, enfin, s’est levée, repoussant les ombres grise d’un seul doigt de rose
    D’un seul rayon de soleil
    D’un seul nuage

    Réunissant notre être

    Et les traits graves de son visage enfantin feront trembler les puissances maudites
    Qui règnent par le mensonge et le mal sur les hommes.


  • Belles âmes

    Belles âmes
    Jeunes
    Anciennes
    Apeurées par la Mort et le Temps
    Encagées dans la nuit de l’Oubli
    Ne craignez plus le joug des prédateurs
    Leurs crocs sanguinolents, décorés des lambeaux de votre chair : poussière
    Leurs mots d’effroi, gravés sur le marbre de leurs édifices : comptine absurde
    Avancez sans crainte jusqu’au bord de l’abîme du ciel
    Et chantez la gloire éternelle
    Du coquillage et du soleil
    Des météores et de la coquille d’escargot.


  • Construire des châteaux

    Construire des châteaux dans le ciel avec les nuages,
    Bâtir des palais de sable avec tes mains,
    Des merveilles avec l’écume des vagues

    Plonger dans la mer, la nuit, sous les étoiles
    Et ne jamais revenir.





  • Le langage des oiseaux

    Ils ne voient rien des pas de danse ailée que j’esquisse au-dessus du vide
    À travers les nuages et les gouttes de pluie bleue

    Ils n’entendent rien des chansons que j’entonne en compagnie du vent,
    Des papillons

    Quand tu réponds aux rouges-gorges avec ta main remplie de graines,
    Je t’écoute.

    J’étais entouré d’âmes ténébreuses et cruelles
    Entouré d’âmes aveugles et sourdes
    Dans une nuit où ne brillait nulle lumière
    Puis tu vins me parler

    Je ne savais pas que les étoiles parlaient le langage des oiseaux.


  • Tu croyais à la nuit

    Tu croyais à la nuit
    Ma Foi va aux Étoiles

    Tu grondais comme un loup
    Affamé, solitaire
    Décharné et amer
    Je parle aux Papillons
    Silencieux et Solaires

    Tu  souhaitais l’incendie
    Je m’abreuve à la Source

    Tu suivais les veneurs
    Je protège les Biches
    De tes traits acérés
    De tes flèches maudites

    Tu chantais pour la gloire
    Je chante par Amour

    Je chante le Matin et je chante le Soir
    Le Crépuscule et l’Aube
    Je chante le Soleil
    Je chante l’Amandier et je chante le Vent
    Je chante le Nuage et je chante les Champs
    De Terre, de Blé, de Miel

    Je chante pour le Ciel.




EXHUMAIN